Apprendre à lire. Une approche radicalement nouvelle et efficace

Au lieu de placer l’apprenant illettré devant un texte qu’il ne peut pas lire, il faut lui proposer de coder du sens oralisé en remplaçant chaque son par une ou des lettres, puis de relire ce qu’il vient d’écrire. Ceci le conduit à disposer en réseau mémoriel, du sens, des sons et de leurs représentations orthographiques.

Il va ainsi respecter et rééditer la genèse de la communication écrite : il a bien fallu commencer par écrire, coder du sens-son, pour avoir la possibilité de décoder l’écrit obtenu, en mémoire des codages utilisés. Lorsqu’on commence par coder, le décodage est assuré dans 100% des cas.

L’apprenti constate vite que le codage est stable. Il est plus facile de commencer par apprendre que le phonème /n/ entendu se code à l’écrit avec la lettre « n » (ou une graphie contenant la lettre « n ») dans 100% des cas : mener, manière, une, honorer etc., que de récupérer la valeur sonore de « n » dans un mot vu (mine, monter, examen, monsieur, mentir, mince, maintien, pointer, chacun, signer). Le décodage est improbable sans codage préalable. Ici « n » ne se décode /n/ que dans environ 20% des cas au sein du vocabulaire de base.

Seul le codage orthographique permet de connaître en retour la valeur sonore des lettres.
Le décodage, la lecture,
n’est possible qu’en fonction des codages orthographiques mémorisés.

On a donc intérêt à commencer par coder les mots !

Ce constat s’applique de façon exemplaire au mot « oiseau », comme le signalait déjà Saussure, où aucune des valeurs sonores habituelles des lettres le composant ne permet d’avoir accès à sa lecture !

Seul le codage des 3 phonèmes de ce mot, /oi-z-o/, avec « oi-s-eau » permet de le lire ensuite.

Cette approche nouvelle peut être proposée à vos élèves sans acheter de nouveaux livres, progressivement. Comme Montessori l’a constaté et comme Freinet l’a illustré, vous verrez des élèves codant avec aisance et jubilation.  Le site propose une progression, vous saurez en créer une autre en respectant l’ordre d’apprentissage : le sens, le mot prononcé codant ce sens, le codage de ce mot avec des graphèmes et enfin sa lecture.

L’essentiel est donc de commencer par faire coder les mots par l’apprenant. Ayant codé un mot, il saura le relire. Il comprendra que la communication écrite est l’ombre de la communication orale. Il accèdera à l’orthographe.

Et toute la structure de la communication orale est codée : un son entendu est codé en fonction du sens, la succession temporelle des sons est codée par une succession spatiale des signes ; l’écrit est une image spatiale de la temporalité orale.

Comme la langue orale s’est améliorée en la pratiquant, l’écrit s’améliorera en codant et codant encore.

40 années d’utilisation en classe n’ont pas démenti ce constat : tout élève sachant parler peut lire dans son année de CP. Et le succès est rapide : les enfants lisent (comprennent) des textes seuls dès Janvier car ils savent d’expérience que c’est du sens qui a été déposé par écrit.

Pour un historique de cette découverte :
http://ife.ens-lyon.fr/edition-electronique/archives/perspectives-documentaire-en-education/web/auteur.php?id_aut=3039

Pour constater combien l’apprentissage du décodage scolaire des lettres est éloigné du codage originel, passez de l’autre côté du miroir et répondez à ces questions :

Dans quel mot codez-vous le son /è/ avec la lettre « a » ?
Dans quel mot codez-vous le son /oi/ avec la lettre « a » ?
Citez un mot où le son /a/ est codé avec la lettre « » ?
Citez un mot où le son /e/ (le /e/ de le) est codé avec les lettres « on » ?  etc. etc…

Ainsi vous constatez que « a », « e », et « on » ne se décodent qu’en fonction du codage et surtout pas /a/, /e/, ou /on/ comme on le croit généralement… Les réponses figurent dans la foire aux questions (FAQ).
Constatant le succès de vos élèves, on vous dira peut-être, comme on me l’a dit : « c’est parce que vous êtes un bon maître ». N’en croyez rien, c’est surtout parce que vous donnez l’occasion à l’enfant de comprendre la communication écrite et de s’apprendre à lire. La preuve, des Professeurs des écoles sortants d’I.U.F.M. ont aussi bien réussi que les maîtres chevronnés dans mon école.

Merci de témoigner de vos réussites.

Jacques Delacour
Directeur d’école honoraire